Le dernier jour de juillet – Bartlomiej Rychter

Bartlomiej Rychter - Le dernier jour de juillet4ème de couv’

Varsovie, le 31 juillet 1944. À la veille de l’éclatement de l’Insurrection, alors que la ville ploie sous l’occupation allemande et que l’Armée Rouge n’est plus qu’à quelques kilomètres, une jeune résistante polonaise responsable d’une radio clandestine est poussée d’un toit. Son ami Antoni Chlebowski, avocat et lui-même résistant, se lance dans l’enquête.
À l’autre bout de la ville, un soldat vétéran du front de l’Est est retrouvé pendu dans une garnison allemande. Son ami Klaus Enkel ne croit pas à la thèse du suicide et va tenter de découvrir la vérité.
Deux hommes que tout sépare, animés par une soif de justice obsessionnelle. Deux meurtres en apparence sans lien, dans une ville à feu et à sang. Une seule affaire?

Mon ressenti de lecture…

Je remercie tout d’abord Babelio et les éditions PRISMA puisque Le dernier jour de juillet de Bartlomiej Rychter est un roman gagné à la Masse Critique.

Nous sommes à Varsovie, dans la sixième année de la Seconde Guerre Mondiale, occupée et ghettoïsée par l’armée allemande. L’armée Rouge est à ses portes. Les résistants polonais ont toujours et encore à cœur de la libérer en fomentant une insurrection.

Zosia et Herman Frink.

Elle, résistante amoureuse; lui, soldat allemand et homosexuel.

Suicidés au dernier jour de juillet.

Ils auraient pu se fondre dans la masse de ses milliers de morts, au combat ou victimes « collatérales ». Il règne un tel chaos dans cette boucherie qu’un disparu ou deux de plus n’éveillent plus guère d’intérêt et d’attention.

La mort est devenue anonyme.

Mais c’est sans compter la volonté d’Antoni Chlebowski, résistant, ancien avocat, handicapé par une vue déficiente depuis l’explosion d’une bombe incendiaire, à la dérive depuis la mort de son épouse pendant les bombardements, qui voit son instinct de juriste se réveiller devant les événements troubles entourant le décès de la jeune femme.

Mais c’est sans compter Klaus Enkel, soldat et ami improbable, qui ne croit pas une seconde à la thèse du suicide de Frink alors qu’ils projetaient tous les deux de fuir les atrocités du front.

Je me suis régalée avec ce roman. Il est marqué « polar historique » mais c’est avant tout un roman de guerre car aucune enquête policière n’est diligentée.

C’est le récit d’hommes et de femmes dont la vie est bousculée et traumatisée par ce conflit mais qui refusent de tout lui céder: ils aiment, ils jalousent, ils haïssent, ils complotent, ils n’en oublient pas leur état d’humain. Guerre ou pas guerre.

Mais les conflits exacerbent toutes les émotions, désinhibent les réactions et donnent une ampleur puissante et intense aux confrontations des êtres.

Nous suivons les mouvements des troupes, nous vivons les situations historiques, nous vibrons dans le fracas des détonations et des bombes, nous étouffons dans la poussière des gravats, nous goûtons le métal du sang sur nos lèvres, avec en parallèle le cheminement d’Antoni et Enkel dans leur quête décalée et suicidaire de la justice. L’ampleur de ce cauchemar est ainsi ramené à une dimension humaine des plus fragiles mais aussi des plus courageuses.

Il me paraît presque surfait de dire que le rythme de ce récit est trépidant, passionnant et addictif.

Et oui… nous sommes pas dans le calme et l’attente de la Drôle de Guerre, nous sommes au cœur de l’Europe de 1944 et une insurrection dans Varsovie explose.

L’écriture est très vivante, juste et visuelle. Sans concession également: la guerre est un monde de cruauté et de violences gratuites. Mais l’auteur n’en rajoute pas dans le sanglant et les pétarades, on sent le sujet étroitement documenté et largement maîtrisé. Alterner et mêler la vision d’un polonais résistant et d’un soldat allemand équilibre harmonieusement le ton de l’histoire et ne perd toujours pas de vue l’aspect individuel et humain. Ils ne sont que des hommes qui, malgré leur appartenance à des camps opposés vont se rejoindre sur le plan de la moralité et de leur désir de vérité.

Sur un thème que j’affectionne particulièrement, les grandes guerres, l’auteur a su nous conter une très belle histoire de loyauté, au fil d’une véritable enquête digne de détectives menée entre les canons.

Le dernier jour de juillet est le seul roman de cet auteur traduit en français… et c’est bien dommage! Je m’en vais apprendre le polonais, moi!

Citations…

« En ce milieu d’année 1944, sixième année de guerre, après les combats, les séparations, le froid de l’est, les médiocres portions dans les gamelles, les longues marches de plusieurs kilomètres, les nuits au front, après tout cela, l’armée allemande ne comptait plus aucun nazi. (…) Le front de l’Est avait guéri leur nazisme. »

« Le front de l’Est avait aussi guéri leur peur. Ils avaient vus tellement de cadavres autour d’eux que plus aucune mort, ni celle des autres ni même la leur, ne pouvait plus les émouvoir. La crainte avait disparu pour ne laisser que l’instinct de survie. »

« Je ne vais pas t’offrir ce plaisir. Tue-moi mais je ne vais pas jouer. J’ai contemplé la mort tant de fois que j’ai cessé de la craindre. »

Note: 5/5

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13 réflexions au sujet de « Le dernier jour de juillet – Bartlomiej Rychter »

  1. comment on dit : Crénom de nom en polonais ? 😉
    Parce que, crénom de nom, je n’avais jamais entendu parlé de ce roman avant et que ton emballement est assez communicatif (même si je suis moins attiré que toi sur le sujet, à la base)

  2. « Courva » comme ils disent les polonais pour dire « merde » (et bien plus encore). Mais je le dis parce que je suis comme Yvan, ♫ j’étais tranquille, j’étais pénarde, accoudée au comptoir ♪ et toi t’es entrée dans le bar avec ce roman sorti de dieu sait où et boum, j’ai envie de le lire !!

    Grrrrrrr !!! et merci au passage à Renaud qui est venu chanter dans ma tête quand j’ai écrit « j’étais tranquille » (laisse béton). 😉

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