Un crime amoureux – Ellen Guillemain

Ellen Guillemain - Un crime amoureux4ème de couv’

« Vous avez entre les mains le journal d’une meurtrière. J’ai beau chercher une autre façon de l’intituler, j’en reviens toujours à celle-ci. Ceci est le récit le plus honnête possible sur ce qui m’est arrivé. Bien sûr, je pourrais dire que tout a commencé avec Alexandre. Bien sûr, je pourrais y croire – et vous aussi – mais je sais que la vérité d’un acte aussi terrible prend ses racines loin, très loin, à la genèse d’un être. Je n’ai pas tiré sur Alexandre. C’est sur moi que j’ai tiré. Il n’a fait que dire tout haut ce que je pensais de moi tout bas : je n’étais rien qu’un fantôme. »

Mon ressenti de lecture…

Et voici donc un roman d’amour, un roman de mort. Mort violente et sanglante ou lente et larvée. Au choix. Sous forme de journal. Journal tenu par la principale intéressée: Elisabeth Schreiber. Une jeune femme qui se traîne déjà à la base quelques gamelles et une propension à la dépression teintée d’idées suicidaires. Mais une jeune femme qui réussit à trouver un certain équilibre en épousant David, un médecin psychiatre. Jusqu’à l’arrivée d’Alexandre. C’est un couple adultère et malsain qui se forme ainsi sous les yeux impuissants de son entourage et de son mari. Un couple au sein duquel, non contente de subir les assauts subtils et intimes de destruction psychologique d’Alexandre, Elisabeth tend les armes qui lui permettront de l’anéantir totalement. On vit avec une justesse implacable la descente aux enfers d’une femme amoureuse d’un de ces hommes, à la libido exacerbée, jonglant entre cruauté et fragilité pour atteindre la jouissance dans la possession, jouant de ce fameux chantage « si tu m’aimes, ce que je demande est normal ». Sauf que ses demandes sont tout sauf normales et qu’elles plongent la jeune femme dans la débauche, la déviance, la perversité et la luxure orchestrées, dans l’isolement affectif et social le plus complet, dans l’asservissement des sens, sentiments et raison. C’est un détachement insidieux de tous les repères de la normalité. Elle est vampirisée, manipulée, réduite à néant à coups de « je t’aime ». C’est un livre fort entre rebellions et souffrances, entre résignation et acte insensé. C’est l’épreuve d’une vie qui s’installe dans les travers redoutable d’un pervers narcissique. Avec vue de l’intérieur, appréhendée de l’extérieur, et le choc des deux réalités. C’est l’impuissance à conjurer l’emprise et la toute puissance d’un être sur un autre. C’est l’aveuglement de l’amour, de celui qui se croit suffisamment fort, vrai et intense pour sauver l’autre de la perversité dont il se rend coupable. C’est l’amour toxique qui dévaste et détruit tout sur son passage, par volonté de pouvoir, puissance et contrôle. L’ambiance malsaine qui se tisse le long de l’histoire devient rapidement prenante, oppressante et éprouvante. Le dénouement est accueilli comme une délivrance. Le dénouement est certes meurtrier mais symbolise magistralement un semblant de morale pour les souffrances endurées. L’issue de ce type de relation est rarement heureuse. Et si par chance elle l’est, ce n’est qu’au prix d’un coup d’éclat. Ici, le meurtre… Ce roman transpire de vérités et, à ce titre, distillera une aura de malaise. Il apparaîtra même dérangeant aux lecteurs sanglés dans une normalité bien cadrée. Pour un premier roman… quel sacré roman! Un sujet étroitement maîtrisé, une écriture magistrale qui laisse des traces… Et juste un conseil… ne dites jamais que cela ne pourra jamais vous arriver…

Citations…

« Dès que je pense à lui, je vois tout en blanc, je me sens plongée dans de la ouate, je me sens dans un cocon, dans des bulles de savon, je sais qu’il ne me fera jamais de mal. »

« Du reste de ma vie? Un mauvais roman, une croûte quelconque, un vin médiocre, un fatras de choses entassées et poussiéreuses qu’on appelle existence, sans le moindre espoir, sans la moindre vibration. »

« Vous croyez que ça ne pourrait jamais vous arriver? Non, pas à vous bien sûr…             Ce que je veux, ce n’est pas vous donner des réponses ou des explications, ce que je veux vraiment c’est qu’à l’aube d’un nouveau jour, vous soyez un peu moins intolérants, un peu plus humains envers « les monstres », ceux qui ont dévié un jour du chemin balisé pour voir ce qu’il y avait ailleurs, ceux à qui la nuit est tombée dessus sans prévenir, qui se sont perdus dans l’obscurité la plus totale… »

 Note: 4/5

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14 réflexions au sujet de « Un crime amoureux – Ellen Guillemain »

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